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L’emprise du stationnement automobile, contexte de l’année 2020 et pistes de solutions

Le stationnement est un défi auquel font face les municipalités et arrondissements, à Montréal comme ailleurs. Aujourd’hui, se stationner dans les rues gratuitement est considéré comme un droit par nombre d’automobilistes. Dans le même temps, les décideurs municipaux et les urbanistes se questionnent de plus en plus sur les aménagements urbains qui visent à mieux distribuer l’espace réservé aux divers modes de mobilité, sur la façon de les améliorer et même de les sécuriser. Quelle place la société souhaite-t-elle donner aux stationnements automobiles? Quelles sont les conséquences du contexte Covid-19 sur la place du stationnement? Quelles pistes de solutions existent pour permettre une réappropriation du domaine public?

L’Enquête Origine Destination 2018 révèle que le parc automobile a augmenté de 5 % entre 2013 et 2018 pour atteindre 2,6 millions de véhicules possédés par les résidents du Grand Montréal. 

Ce mode de déplacement occupe une place importante dans les décisions des ménages même si la voiture passe en moyenne plus de 95 % du temps stationnée (97 % en moyenne dans les villes d’Europe, et 99 % pendant la COVID-19). En plus de son immobilité, le taux d’occupation des automobiles sur nos routes (soit le nombre moyen de personnes par véhicule) est très bas avec une moyenne de 1,2 personne par véhicule. « Ce sont donc principalement des sièges vides qui occupent nos routes et qui construisent quotidiennement les épisodes de congestion ». Rappelons que les déplacements aux heures de pointe sont majoritairement (68 %) effectués par des véhicules motorisés.  

À Montréal, au travers des divers projets de réaménagement, près de 4 280 places de stationnement ont été supprimées en deux ans pour laisser la place à des pistes cyclables et des rues piétonnes. Cela correspond toutefois à « moins de 1 % des espaces de stationnement sur rue que compte la métropole et moins de 0,5 % de l’offre de stationnement totale ». 

Même constat dans des villes comme Paris, où l’espace réservé au stationnement dans la rue représente 7 % de la totalité de l’espace urbain (incluant bâtiment, voirie, parc, etc.). De plus, la superficie consacrée spécifiquement à l’automobile (voirie et stationnement) représente 50 % de l’espace urbain alors que seulement 13 % des déplacements se font en voiture. 

 

Repenser le stationnement automobile post-Covid 

L’éclatement de la Covid-19 au printemps 2020 et les mesures mises en place par les gouvernements ont eu des effets majeurs sur l’aménagement des villes et la mobilité des citoyens. Ainsi le recours massif au télétravail et le développement de corridors sanitaires, rues partagées, et voies actives sécuritaires ont rapidement redessiné l’environnement urbain engendrant des répercussions évidentes sur le stationnement automobile.

Partout dans le monde, de nombreuses villes comme Oakland, Toronto et New York ont agencé des aménagements transitoires, afin de rééquilibrer l’usage de l’espace public. Montréal n’a pas été en reste avec son Plan de déplacements estival. En Europe, Paris et Berlin ont redessiné leur réseau cyclable en y greffant des pistes sur les grandes artères de circulation. À Bruxelles, le centre historique priorise piétons et cyclistes dans le cadre d’un plan de « rues ouvertes » avec, en autres, l’instauration d’une limite de vitesse à 20 km/h pour tous les usagers. De son côté, Milan a converti 35 km de voies de circulation automobile en corridors de transports actifs. 

Dans la majorité de ces cas, l’espace supplémentaire alloué aux cyclistes et aux piétons résulte de l’abolition de stationnements en bordure de rue.

A Montréal, environ 1 000 cases de stationnement payantes ont été supprimées cet été pour accommoder les principales voies piétonnières, soit sur Mont-Royal, Sainte-Catherine, Saint-Denis et Ontario. Dès avril 2020, ce déploiement a suscité la crainte des commerçants inquiets de voir leurs commerces moins accessibles en voiture. Tout au long de l’été, le succès populaire des voies actives sécuritaires a continué de s’opposer aux réticences des commerçants.

Autre exemple, le développement du REV (Réseau Express Vélo) à Montréal a suscité la grogne et la frustration. Sur la rue Bellechasse, ce sont près de 800 cases de stationnement qui ont été retranchées des deux côtés de la rue sur 6 km alors que la rue Saint-Denis conservera finalement ses deux voies de stationnement et sa voie de circulation automobile à double sens.

L’analyse des répercussions économiques de ces aménagements n’est pas facile à mener avec l’absence de référence. En effet, la situation de Covid-19 complique fortement toute comparaison avec l’été 2019 ou les années précédentes.

Cela dit, une telle inquiétude des commerçants n’est pas propre au contexte Covid-19. La piétonisation d’une rue suscite régulièrement une levée de boucliers quand bien même cette évolution permet un plus grand achalandage. Il est à noter que la période transitoire de travaux est la plus délicate pour tous puisque l’espace n’est accessible ni aux automobilistes ni aux futurs usagers (piétons et cyclistes).

 

L’incidence du télétravail sur le stationnement

Une autre conséquence de la Covid-19 et du recours massif au télétravail est la baisse des déplacements domicile-travail. Selon des données de Statistique Canada, 40 % des employés montréalais ont la possibilité de travailler de chez eux et la Ville recense un taux d’occupation des tours à bureaux du centre-ville de 5 à 10 %, preuve de la popularité de cette mesure.

Les véhicules restent ainsi stationnés devant les domiciles, entravant la rotation entre résidents et utilisateurs diurnes (employés dans le secteur, visiteurs loisirs, rendez-vous d’affaires ou médical, etc.). Ceux-ci ne trouvent alors plus de solution de stationnement pour répondre à leurs besoins, les contraignant à circuler plus longtemps pour trouver une place où laisser leur voiture. En temps normal, les véhicules en recherche de stationnement représentent déjà 30 % du trafic automobile.

Par ailleurs, les personnes en télétravail ne disposent pas toujours de stationnement privé, de vignette, ou de cases gratuites dans leur rue, engendrant ainsi de nouvelles tensions entre résidents et administrations municipales.

 

Une gestion du déneigement plus complexe

Cet hiver, le stationnement prolongé des voitures dans les rues résidentielles dû au télétravail  pourrait rendre les opérations de déneigement plus problématiques. Afin de faciliter le passage des engins de déneigement et d’éviter au maximum les remorquages qui génèrent des pertes de temps, la ville de Montréal a choisi d’offrir davantage de stationnements gratuits aux résidents pour leur permettre de trouver des alternatives en période de déneigement. Une stratégie envisagée à Ottawa également. 

En parallèle, les municipalités prévoient de retirer plus rapidement les panneaux temporaires d’interdiction de stationnement voire d’autoriser le stationnement dès la fin du passage des opérations de déneigement.

 

La gratuité des stationnements : un message néfaste à long terme

Au-delà de la gestion du déneigement, la situation sanitaire a suscité des inquiétudes à l’occasion de la saison des fêtes. En effet, plusieurs villes ont décidé d’offrir la gratuité des stationnements dans les centres-villes afin de stimuler l’achat local durant cette période, une stratégie retenue notamment par la ville de Montréal. Cette mesure est également considérée par la Ville de Québec et Vancouver.

Toutefois, une telle approche à court terme favorise l’utilisation automobile au détriment des transports alternatifs dont l’offre est très diversifiée dans les centres-villes. Cette approche envoie également un message contradictoire aux commerçants. En effet, la démonstration des bienfaits d’une rue piétonne ou d’une voie active sécuritaire prend du temps auprès de ces interlocuteurs inquiets par la disparition de cases de stationnement. Proposer la gratuité des cases de stationnement au centre-ville comme initiative pour soutenir les commerçants reviendrait alors à contredire la mise en place de nouveaux aménagements favorisant les modes de transports alternatifs plus durables.

 

Des pistes de solution pour l’optimisation du stationnement

Pour répondre à la problématique du stationnement, plusieurs projets ont récemment vu le jour afin de mutualiser et d’optimiser l’usage d’espaces de stationnement existants. En voici quelques exemples: 

 

Mutualisation de stationnements entre particuliers

L’application mobile Click’N park propose la location de courte ou longue durée de stationnement dans l’esprit de l’économie de partage. 

L’application permet aux propriétaires, qu’ils soient commerçants ou résidents, de louer leur stationnement au tarif qu’ils le souhaitent. Cette application québécoise est disponible dans plusieurs arrondissements de Montréal, dont celui de Verdun. 

Il existe une application similaire en France: Zenpark qui offre aux automobilistes de louer les places de stationnement sous-utilisées à certaines heures telles que les places résidentielles en journée. Déployée dans 200 villes en France, l’application aurait permis de réduire chaque année près de  3 500 tonnes de CO2.

 

Mutualisation de stationnements hors-rue 

La nouvelle application mobile P$ Montréal Centre-Ville est une réalisation de l’Agence de mobilité durable de Montréal, en collaboration avec la Ville de Montréal. Ce projet pilote vise prioritairement à améliorer l’expérience des automobilistes et à réduire la recherche d’un stationnement au centre-ville, notamment dans le cadre des travaux sur la rue Sainte-Catherine. Tout récemment, le Complexe Desjardins a ajouté ses stationnements à l’offre disponible pour les visiteurs du centre-ville et ce, au même tarif que les stationnements sur rue. 

 

Mutualisation de stationnements sur rue réservés aux détenteurs de vignette avec des covoitureurs

Netlift encourage le covoiturage pour les trajets domicile-travail à Montréal. En partenariat avec l’Institut de Cardiologie de Montréal, un projet pilote a également été mis sur pied, visant entre autres à favoriser une meilleure utilisation des espaces de stationnement dans le quartier de Rosemont. L’objectif du projet pilote est d’encourager le covoiturage en proposant une offre de stationnement sur rue. Ainsi, chaque usagers de Netlift (chauffeur) aura accès aux stationnements réservés réservés aux détenteurs d’une vignette dans le secteur autour de l’Institut. 

 

Mutualisation de stationnements municipaux en période de déneigement 

Lors des opérations de déneigement, plusieurs stationnements municipaux sont ouverts aux  Montréalais et ce, gratuitement. Compte tenu de la situation particulière cette année, la Ville rendra disponibles environ 2000 places supplémentaires dans ses stationnements municipaux pendant les opérations de déneigement. 

 

Conclusion

Partager des stationnements avec différentes catégories d’utilisateurs permet à la fois de mieux remplir l’offre de stationnement publique ou privée existante, parfois sous-exploitée, et de mieux répondre à la demande en offrant des solutions alternatives aux automobilistes. Les différentes stratégies de mutualisation de stationnement listées ci-dessus sont autant de pistes prometteuses pour limiter la place consacrée à l’automobile sur les rues et ainsi mieux redéfinir l’espace public pour des usages plus collectifs.

Mais, comme le propose l’approche RTA, les meilleures façons de limiter l’emprise de l’automobile dans les villes sont d’abord de réduire l’ensemble des déplacements (diminuer leur nombre, leur fréquence et leurs distances) puis de transférer les déplacements nécessaires vers des modes de transport plus durables (mobilités active, partagée et collective). Chacun peut alors se demander s’il est pertinent d’avoir une automobile qui monopolise 95 % du temps une case de stationnement ? Son coût pour les ménages et pour les municipalités est énorme au regard de sa très faible utilisation. Il s’agit donc de réduire la dépendance et la possession automobile pour libérer l’espace urbain. 

Pour contrer la dépendance à l’auto-solo, le Chantier auto-solo se penche sur cette question et sur la réalisation d’un recueil de bonnes pratiques en mobilité durable qui sera publié dès printemps 2021. Rester à l’affût!

Équipe Jalon

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